jeudi 22 décembre 2011

L'Allemand ? Ca occupe !

Derrière ce mauvais de jeu de mot (tiré de Muriel Robin), se trouve la réponse à une question.
"Why the hell do you want to learn German? No one speaks it anymore, it's ugly and very complicated". Contrairement à ce que vous auriez pu penser, ce n'est pas un américain qui m'a asséné cette réplique, mais bien un allemand. Face à une remarque si décourageante de la part d'un native speaker, comment persévérer dans une langue comme l'allemand, tellement décriée ? 

Cet article de Noël a pour but d'y répondre.

  • L'allemand, une langue utile ?
Les plus mordus de la langue de Goethe vous répondront : "Natürlich!" (naturellement !). Les chiffres "parlent d'eux-mêmes" : avec 100 millions de locuteurs, l'allemand est la langue la plus parlée de l'Union européenne. Forcément, l'Allemagne en est le pays le plus peuplé ; s'y ajoutent l'Autriche, la Suisse, et de façon très substantielle la Belgique (canton d'Eupen), l'Italie (Sud-Tyrol), le Liechtenstein, le Luxembourg, et même la Mongolie et la Namibie. Outre ces statistiques qui ne donnent aucune idée de la réalité, se pose maintenant la question de savoir si il est vraiment nécessaire d'apprendre ses déclinaisons et le genre des mots correctement quand on est au collège pour espérer se faire comprendre (ô joie !) dans toute l'Europe centrale.

Je vous le confesse, vous pouvez même le répéter : l'utilisation de l'allemand dans le monde est extrêmement limitée, ne se trouvant même pas dans le top 10 des langues les plus parlées dans le monde. De plus, quel allemand apprendre ? Le Hochdeutsch (Haut-Allemand) n'est vraiment parlé que dans les grandes villes du Nord, approximativement dans une bande s'étendant entre Berlin et Karlsruhe. Le Bavarois demeure encore largement usité au sud et ne constitue pas qu'un reste folklorique usité pendant la fête de la bière : certaines personnes refuseront délibérément d'utiliser le Hochdeutsch, pourtant langue des médias. L'allemand autrichien (hors Tyrol) est plus compréhensible, mais sa prononciation se doit d'être maîtrisée auparavant. 
Quant à la Suisse (le fameux "schwitzerrrdütsch" et au Sud-Tyrol italien, c'est carrément une autre langue qui y est parlée. 

Au-delà des chiffres, la question de l'utilité d'une langue n'est pas pour autant une fausse question. A mon sens, apprendre une autre langue que l'anglais, et dans une moindre mesure l'espagnol, revient :

- soit à être déterminé à vouloir travailler plus tard dans le pays...

... car je n'ai rencontré personne évoluant actuellement dans le milieu professionnel, que ce soit en France ou en Allemagne ayant été réduit à utiliser l'Allemand comme vecteur de communication (sauf domaine spécialisé). Je reviendrai sur l'utilisation de l'anglais en Allemagne. 

- soit à avoir de la famille utilisant cette langue... 

... de nombreux fanas de l'allemand l'affectionnent soit à cause une proximité géographique voire ethnique (une certaine région de l'Est de la France dont la principale ville est Strasbourg), soit en raison de liens familiaux (parent ou cousin allemand...).  

- soit à l'apprendre pour le plaisir. 

 ... ce qui, en fin de compte, est mon cas. Juste parce que la maîtrise de cette langue est un plaisir. Parce que pouvoir se balader en Allemagne sans lire du chinois sur les pancartes ou passer pour un touriste total auprès de la population s'avère agréable. Parce que l'allemand, quoi qu'on en dise, n'est pas moche en soi, c'est ce qu'on en a fait. 

  • L'allemand brisé, l'allemand outragé : le nazisme, le made in US et Tokio Hotel
Une phonétique pas très sexy 

Pour montrer que l'allemand n'est PAS cette langue désagréable, râpeuse, agressive que tout un chacun s'amuse à dépeindre je ne prendrai qu'une expression : "Komm, komm hierher". Cette petite injonction ("viens, viens par ici") peut représenter à la fois un ordre brutal donné par un militaire ou un gendarme, ou bien une délicieuse invitation sussurée à l'oreille. 

La différence dans cette perception de la langue s'explique par les clichés redondants sur le militarisme allemand que je ne développerai pas outre-mesure, tant ils sont devenus hors de propos. Seulement, l'utilisation de son tels que le "ch" que l'on trouve dans "Achtung!", l'omniprésence de consonnes rudes à l'oreille (r, t, k) ne rendent pas la langue aussi sexy que l'espagnol ou aussi chantant que l'italien. 

L'anglais et les Allemands : je t'aime, moi non plus 

Dès qu'ils remarquent une approximation ou une hésitation dans l'utilisation de leur langue, le switch des Allemands vers l'anglais est parfois automatique. Déroutant lorsque l'on cherche à tout prix à faire des progrès... Ils ont donc tendance à privilégier le pragmatisme de la communication face à la préférence nationale - chose que les Français ne sont pas toujours enclins à faire. Ce n'est pas une nouveauté : l'allemand est une langue germanique, tout comme l'anglais, le néerlandais et les langues scandinaves. La facilité des germanophones en anglais n'est donc pas une surprise. 

Mais ce qui est encore plus choquant à mon sens, c'est à quel point l'utilisation quotidienne de l'allemand est pétrie par les anglicismes, de façon bien plus prononcée que le français. Si nous en sommes restés au "parking" et au "week-end", les Allemands, en particulier parmi les jeunes générations, vont jusqu'à s'excuser... en anglais ! Ainsi le trop long "Entschuldigung " se voit substitué au pratique et fade "Sorry" prononcé "Sowouy" ou "Sorrry", c'est selon. Mais outre cette expression inoffensive, énormément de mots sont repris directement : catchy, desk, rate, community... Influence conjointe de l'américanisation de l'Allemagne de l'Ouest après la guerre et des mass media, cette anglicisation cache une autre réalité : les fondements latins de la langue allemande. 

Car l'allemand, si elle est avant tout une langue germanique, a subi une grande influence latine. Dans 70% des cas, les concepts ont deux mots : le mot germanique et le mot latin, qui ont en eux-même des nuances difficiles à analyser. Typiquement : "rechercher" peut se traduire à la fois par "suchen" et "recherchieren". Suchen est essentiellement pratique, tandis que "recherchieren" sert seulement à caractériser une recherche scientifique. J'ai même appris à mes dépends que l'utilisation excessive de mots d'origine latine était considérée comme pompeuse et snob...

L'allemand : une scène artistique internationale peu enviée

L'Allemagne demeure plus enviée pour Schubert et Beethoven que pour Tokio Hotel et Rammstein... aujourd'hui à son détriment. Je ne m'avancerai pas plus sur ce terrain là, n'ayant pas une connaissance très poussée de la scène musicale germanophone ; mon excuse est tout simplement que de nombreux groupes allemands chantent en anglais, comme on le fait aussi de l'autre coté du Rhin. Mais si le français a trouvé plus ou moins trouvé ses heures de gloire avec la "Chanson française" en allant de Piaf à Gainsbourg, si l'espagnol se réserve toute la musique latino pour s'exprimer, il me semble que l'allemand soit bien plus à la peine sur ce plan là, malgré le succès de 99 Luftballons.

  • L'allemand, "aussi simple que des Légos" ?
C'est ce que disait une cassette vidéo faisant la louange de la langue aux trois genres, aux verbes à la fin des phrases et aux déclinaisons. Trop dur l'allemand ? Oui et non.

Il s'agit simplement de comprendre la logique de l'allemand. Extrêmement pragmatique et logique, l'allemand écrit se comprend aisément si l'on comprend les logiques de sa propre grammaire. Ainsi les déclinaisons ne sont pas simplement faites pour emmerder le monde (pour dire les choses franchement), mais indiquent une caractérisation de l'action ou de la situation. Ce n'est finalement qu'un tableau à retenir... Les conjugaisons sont pratiquement toujours les mêmes, ici pas plus de difficultés qu'en anglais car la logique des verbes réguliers/irréguliers est la même. La place des verbes/compléments ? Cette particularité est certes déroutante, puisqu'elle est contraire à la logique latine ; ex : j'ai mangé du pain = ich habe Brot gegessen (j'ai du pain mangé). Néanmoins, elle est sans exception notable, et demande simplement un peu plus de concentration, en particulier à l'oral. 

Finalement, à mon sens, les principales difficultés de l'allemand résident dans deux éléments, tous deux relatifs au vocabulaire. 

- Les prépositions. Encore plus qu'en anglais, elles altèrent considérablement le sens de la phrase ou d'un mot. Un exemple flagrant : le verbe spannen. De ce verbe découlent 3 adjectifs : spannend, entspannt et verspannt. Spannend veut dire captivant, passionant, alors que verspannt signifie très tendu (une situation), et entspannt, détendu. On comprend aisément le lien, mais on note que la préposition change du tout au tout. Il ne suffit pas de connaître un verbe, il faut aussi connaître toutes ses variantes ! Ainsi hören est écouter, alors que aufhören est arrêter... Rien de plus perturbant dès que l'on lit un article ou que l'on écoute un discours, et que l'on s'aperçoit que l'on a mal interprété le sens du contenu à cause d'une simple préposition...

- La susdite dualité entre mots latins et germaniques. On ne peut pas toujours deviner le sens des mots... Ainsi erklären est l'un des premiers mots que l'on apprend en allemand, mais lorsque l'on tombe sur auseinandersetzen (prononcer aossaïnanndeursetseune), on se sent un peu perdu, alors que c'est pratiquement la même chose...


Maîtriser l'allemand relève donc d'une rigueur qui ne nous est pas familière quand on ne s'est frotté qu'à des langues très similaires au français (espagnol, italien) ou des langues totalement différentes (arabe, japonais). Son apparente similarité et en même temps son hermétisme flagrant nous rendent cette langue tout à fait étrange, voire repoussante. Pourquoi l'apprendre (j'entends devenir quasi-bilingue) ? Par utilité ? Que l'on me parle de l'utilité d'apprendre une langue et je vous dirai d'apprendre l'anglais, bonjour-merci dans toutes les autres et de retourner vous coucher, à moins de vouloir devenir, au choix, interprète ou ambassadeur.
A moins de bien vouloir considérer qu'une langue est plus qu'un moyen de communication. 


PS : les germanophones confirmés sont bien sûrs plus que conviés à apporter leur point de vue sur mon analyse qui pourra s'avérer contestable !






dimanche 4 décembre 2011

Berlin, « Pauvre, mais sexy » : entre pauvreté et gentrification (2/2)

La gentrifi-quoi ? 

Ce concept, aujourd’hui plutôt galvaudé, a été forgé dans les années 1960 par la sociologue urbaine britannique Ruth Glass. Cette dernière est parvenue à identifier le phénomène grâce à l’observation de l’échange de catégories de populations dans le quartier londonien d’Islington, où les ménages ouvriers ont été substitués par la Upper-Middle class. D’où le terme « gentrification », qui vient du mot anglais « gentry », synonyme de petite noblesse. La gentrification (Gentrifizierung en allemand) constitue de façon plus générale un processus spécifique de restructuration socio-économique d’une zone urbaine. Le marché de l’immobilier voit ses prix considérablement augmenter consécutivement à l’arrivée de propriétaires issus des classes sociales supérieures, provoquant ainsi l’éjection de fait des classes inférieures, soumis à des loyers qui leur sont tout à fait inabordables. Simultanément se déroule une complète transformation socio-culturelle, le quartier en question voyant se succéder ménages ouvriers, jeunes étudiants et créatifs, puis familles issues des classes moyennes (souvent bobos ou/puis yuppies), et enfin les classes les plus aisées que l'on peut aisément confondre avec la bourgeoisie. 

La gentrification à Berlin

Au regard du cas londonien, où la gentrification a débuté dès les années 1960, la revalorisation économique et sociale des vieux quartiers centraux de Berlin-Est constitue un phénomène très récent, puisqu'elle n'a pu être possible qu'après la chute du Mur de 1989. Berlin reste donc en 2011 hautement concernée par ce phénomène, et ce d’autant plus en raison du nombre important de quartiers potentiellement « gentrifiables ».

L'accélération du processus après 1989

Le phénomène avait commencé avant la chute du Mur dans le quartier de Kreuzberg, situé à l'ouest. Ce quartier a été la destination de la plupart des familles immigrées d'Asie occidentale (Turquie, Proche-Orient) dans les années 1960. Le quartier s'est donc forgé à partir de la fin des années 1970 une solide réputation multiculturelle, offrant parallèlement des infrastructures (logements, locaux d'expression, scènes..) accessibles aux jeunes créatifs dépourvus de moyens financiers.

Après la chute du Mur, la gentrification s'est intensifiée dans les quartiers les plus centraux de Berlin-Est (Mitte et Prenzlauer Berg). Cette première phase a été marquée par l’arrivée en masse de ces « pionniers », étudiants, artistes, intellectuels, issus d’horizons géographiques variés. Outre un apport extérieur en provenance des villes ouest-allemandes (Hambourg, Francfort ou Hanovre) et de l’étranger, l’implantation de ces nouvelles populations s’est réalisée essentiellement par la migration vers l’Est de nombreux artistes et étudiants originaires de la partie occidentale de Berlin, qui ont quitté Kreuzberg pour venir s’installer à Prenzlauer Berg, Mitte et plus tard Friedrichshain.

Pauvreté et contre-culture

C'est grâce à leur histoire particulière que ces trois arrondissements ont pu attirer les artistes, et ce en relation avec leurs caractéristiques de quartiers défavorisés. Ils comprenaient ainsi des lieux chargés de symboles et de signes perceptibles dans les façades non encore rénovées, présentant ainsi la perspective d’occuper un espace de manière illégale ou à moindre coût. Ces "Bezirke" disposaient d’un grand nombre de friches industrielles, d’ateliers de fabrication et d’entrepôts vacants, que les artistes ont été les premiers à investir. Toute une scène artistique et politique alternative a trouvé là les conditions adéquates à son développement, ce qui a débouché sur le phénomène que j’ai exposé dans mon article sur la vie nocturne à Berlin. 

Cette première étape de la gentrification est donc d’abord le résultat de stratégies résidentielles d’individus désirant rompre avec un mode de vie suburbain jugé sclérosé, voire aliénant. A Berlin, elle fait écho à la deuxième moitié des années 1960 pour les quartiers d’Islington et Camden, bastions de la contre-culture des sixties. On peut donc enfin voir ici le lien entre pauvreté et attractivité : une ville capitale au passé chargé, des structures immobilières disposées à accueillir tout un pan de la contre-culture internationale. La ville de Berlin dans son ensemble cultive encore cette image de contre-culture, et c’est ce qui la rend encore attractive à l’heure actuelle.

Berlin rattrapée par son statut de capitale ?

Selon une étude de 2008 parue dans la revue Espaces et Sociétés, les projections optimistes qui ont suivi la chute du Mur vis-à-vis de la redéfinition structurelle de la base économique urbaine berlinoise avaient rapidement été associées à la prédiction d’une pression accrue sur les quartiers centraux de bâti ancien de Berlin-Est. Et ce, ayant pour effet une transformation de la structure fonctionnelle et sociale des espaces concernés. En particulier, il était attendu que l'arrivée d’élites dirigeantes hautement qualifiées, associées au développement de nouvelles activités de services et à l’implantation des fonctions de capitale, renforce le processus de gentrification.


Le phénomène a été pratiquement identique pour Prenzlauer Berg et Friedrichshain - le quartier de Mitte ayant été plus directement assailli par les investisseurs, comprenant le potentiel de la ville. Après que les appartements délabrés des classes ouvrières aient été envahies par les jeunes créatifs et la Bohème, qui ont rendu le quartier "tendance", "stylé", "alternatif", les CSP + (parfois les mêmes jeunes, mais qui ont accumulé de la richesse et ont fondé une famille) et les "yuppies" (Young Urban Professionals) rachètent les immeubles pour une bouchée de pain (puisqu'ils sont souvent occupés de façon illégale) et les transforment en des appartements de luxe proprets, dont les loyers seront inaccessibles à 95 % de la population.

Un exemple typique : les façades des immeubles de Prenzlauer Berg. Taguées, fissurées, elles étaient laissées  l'abandon sous la RDA, puis investies par les tenants de la contre-culture berlinoise. Aujourd'hui, elles sont entièrement rénovées (d'où le coté plutôt kitsch) et accueillent l'upper-middle class berlinoise

Berlin hat seine Seele verkauft“: Berlin va-t-elle vendre son âme aux promoteurs immobiliers et aux investisseurs étrangers ?

La question qui préoccupe les berlinois est la poursuite du processus. Ce dernier est pratiquement achevé à Mitte et à Prenzlauer Berg, dans une moindre mesure à Kreuzberg, qui tente de garder son image de quartier multiculturel de l’ex-Berlin-Ouest.

Une crise du logement à Berlin 

Avant mon départ pour Berlin, on m'avait convaincu que trouver un appartement à Berlin était bien plus facile qu'à Paris, voire qu'il n'y avait qu'à regarder les annonces pour trouver son bonheur. Une réalité d'il y a dix ans qui s'est complètement estompée. Cette crise du logement concerne tout particulièrement les jeunes. En effet, à l'heure où je vous parle, 3000 étudiants inscrits dans les facultés berlinoises ne disposent pas de leur propre logement : ils doivent habiter chez des amis, de la famille ou, dans le pire des cas, squatter . C'est le résultat d'une augmentation dramatique du nombre d'étudiants à Berlin - situation que j'exposerai dans un article ultérieur - qui n'a pas été suivie d'une politique publique du logement conséquente. Et je ne parle que des étudiants ! A l'instar de Londres, Chicago, Paris, les classes ouvrières ont été repoussées de plus en plus loin du centre de la ville, sort que les étudiants sont de plus en plus nombreux à partager. A Berlin, cela se constate moins du fait de sa large étendue urbaine et de sa variété sociale en termes de quartiers. Ainsi Wedding, Neukölln ou Moabit restent des quartiers populaires, mais peu éloignés du centre.

De façon plus flagrante qu'à Paris, l'arrivée massive des investisseurs étrangers venus essentiellement d'Allemagne de l'Ouest, d'Europe du Nord et de Russie a brutalement mis une pression considérable sur l'immobilier, dont les prix ont grimpé de 7,9 % entre 2009 et 2011 dans les quartiers les plus convoités. Cette page résume étonnamment bien  la situation berlinoise, mais fait volontairement abstraction des conséquences de ce statut de "capitale au marché immobilier bon marché".

La contestation populaire face à ce phénomène

La société civile berlinoise demeure bien consciente des risques de cette gentrification rampante : Berlin pourrait y perdre bien plus que quelques façades tagguées, mais aussi tout ce qui a fait son charme jusqu'à maintenant.
Si Berlin constitue aujourd'hui une source incontestable d'investissements rentables pour les porte-feuilles avisés, les jeunes et les artistes Berlinois, eux, ne voient pas cela d'un bon oeil, bien au contraire.

Mehrere linke Mieter- und Kiezinitiativen hatten anlässlich der Veranstaltung zu Protestaktionen gegen steigende Miet- und Immobilienpreise in der Berliner Innenstadt aufgerufen.
"Arrêter la hausse des loyers" : des associations de locataires et initiatives de quartier ont appelé à mener des actions de protestation contre la montée des prix de l'immobilier et des loyers dans le centre de Berlin

L'agence immobilière Immobilien-scout24 avait organisé à destination des investisseurs potentiels "die Lange Nacht der Immobilien" un tour de la ville en bus à la façon touriste pour voir les immeubles et les appartements à acheter ou à rénover dans Friedrichshain, Neukölln et Kreuzberg. En protestation, l'action "SquatScout24" a été organisée en guise de contre-publicité, visant à l'occupation des appartements et immeubles visés (et oui, décidément l'occupation a le vent en poupe ces derniers temps...). Car les locataires à faibles revenus ou aux activités peu lucratives se sentent véritablement expulsés de leurs quartiers du fait de la pression immobilière, comme cela s'est produit à Prenzlauer Berg : les propriétaires ne en effet veulent souvent pas simplement rénover ou remettre aux normes les appartements existants, mais bien détruire pour bâtir des immeubles d'appartements de luxe. 

Le rédacteur en chef du magasine de tendances berlinois Zitty, Kaï Röger, signifie dans une interview du 25 octobre 2011 le besoin d'action collective, sans quoi la ville risque de vendre son âme aux investisseurs. Il rappelle le nombre d'instruments dont dispose les manifestants : plafond d'augmentation des loyers, protection des locataires par le biais des associations... autant de moyens de freiner le processus d'embourgeoisement de Berlin que l'équipe municipale actuelle ne compte pas utiliser. 

Ainsi l'arrivée en septembre dernier d'une coalition rouge-noire (SPD-CDU, soit gauche modérée-droite modérée) aux commandes de la municipalité (imaginez que Bertand Delanoë soit réélu à la mairie de Paris et choisisse son premier adjoint dans les rangs de l'UMP pour former une coalition) ne facilite pas l'orientation en faveur des plus "démunis". L'endettement de la ville (à hauteur de 60 milliards d'euros) et le besoin d'endosser de façon plus conséquente le statut de ville capitale ne peut mener qu'à la poursuite du phénomène qu'à la priorisation d'investissements lucratifs face à la préservation des squats d'artistes !

La gentrification n’éradique pas la pauvreté, elle ne fait que la contourner et la rend plus flagrante

La gentrification à Berlin n'est pas que l'incarnation d'un phénomène sociologico-urbain déjà constaté dans d'autres métropoles mondiales. Il souligne les deux tendances contradictoires qui tiraillent le Berlin d'aujourd'hui. 

Berlin est sexy parce qu'elle est pauvre : tant que Berlin saura garder ses loyers faibles, ses Kneipe bon marchés et ses friches industrielles - c'est à dire tout ce qui fait d'elle une métropole nécessiteuse -, elle pourra sauver sa réputation de capitale de la contre-culture. Son passé de ville sulfureuse des années folles, son histoire mouvementée riche en symbole, en béton et en tags, lui permettent d'attirer chaque année à la fois touristes, artistes et clubbeurs, qui font sa richesses. 

Mais le chemin de ville globale qu'emprunte actuellement la capitale allemande s'écarte peu à peu de l'alternativité qui la caractérise. Les bouleversements socio-culturels qui transforment quartier après quartier la population berlinoise d'une part, et la soumission à la rationalité d'investissements financiers devant théoriquement conduire Berlin à mieux coller à son statut de capitale d'autre part, risquent de modifier définitivement l'identité de la (probable) future ex-capitale de la contre-culture. 

dimanche 27 novembre 2011

Berlin, « Pauvre, mais sexy » : entre pauvreté et gentrification (1/2)

Le titre de cet article en deux parties reprend les mots que le maire de Berlin Klaus Wowereit, alors fraîchement élu, avait prononcés en 2003. Cette formule fait écho de deux réalités a priori contradictoires qui caractérisent Berlin : en bref, une ville très endettée au chômage endémique (autour de 15%), qui pourtant continue d’attirer.
            

   
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Pourquoi dit-on toujours que Berlin est formidable, malgré cette situation critique? Pourquoi ceux qui désirent y habiter sont-ils toujours plus nombreux, et pas ailleurs en Allemagne, mais précisément à Berlin ? J’ai déjà donné dans ce blog quelques éléments de réponse : les soirées, la vie culturelle. Berlin c’est aussi une incontestable qualité de vie : une ville qui respire grâce à ses nombreux parcs, ses rues larges, ses lacs qui la circonscrivent. Tellement multiculturelle aussi : chaque quartier se différencie de par la composition de sa population, donnant qui donne de Berlin une impression assez plaisante de cohésion sociale.

La réponse se situe dans le paradoxe suivant : Berlin est sexy parce qu’elle est pauvre. Son histoire nous enseigne qu'elle l'a toujours plus ou moins été depuis la révolution industrielle. Et c'est bien cette pauvreté qui confère aujourd'hui à Berlin sa qualité de vie.

Berlin est une ville "verte" parce qu'elle compte de nombreux parcs et parce que son environnement naturel n'a pas été modifié. Mais ces deux éléments s'expliquent par la pauvreté de la ville elle-même !
Ainsi l’environnement naturel de Berlin n'a pas été modifié, car son sous-sol lui-même est pauvre : il ne contient pas de matières premières destinées à l’extraction et à l'exploitation industrielle. De plus, les nombreux plans d’eau situés à l’ouest et au sud-est de la ville ont été préservés non par souci de maintenir les éco-systèmes, mais parce qu'ils permettaient d’obtenir de la tourbe, moyen de chauffage peu coûteux.

Quant aux espaces verts qui rendent aujourd'hui la vie si agréable aux joggeurs berlinois, la plupart d'entre eux ont été aménagés pour compenser le manque d’espace que subissaient durement le prolétariat de la deuxième moitié du XIXème siècle. Ces derniers étaient en effet entassés par dizaines dans des Mietskaserne (ensembles résidentiels collectifs, sorte de précurseurs des HLM), solution qu’avait imaginé l’urbaniste James Hobrecht pour répondre au manque de logements consécutif à l'exode rural massif en direction de la capitale. Il fallait donc leur donner un peu d'air frais, et les autorités publiques ont donc accordé à cette masse urbaine croissante les Volkspark - littéralement "parcs du peuple". 

Enfin, contrairement à Londres ou à Paris, Berlin n’est pas jouxtée par une ceinture industrielle qui aurait constitué une importante source d’emplois et de revenus. En effet, après les destructions de la Seconde guerre mondiale, la reprise de l’activité industrielle a été rendue impossible par l’érection du Mur.

La pauvreté est donc une caractéristique qui colle de longue date à l’image de Berlin. Et elle le demeure encore aujourd’hui. Je n’irai pas jusqu’à confirmer les dires du journaliste allemand Harald Martenstein, pour qui la pauvreté serait « un pilier qui soutient l’attractivité berlinoise », mais il faut bien reconnaître qu’elle participe à ce processus. 

Guide touristique
"Berlin pour les pauvres"
De fait, Berlin continue à être décrite comme pauvre parce que « le pauvre n’est pas seul » à Berlin. Pas seulement les sans-abris, mais aussi les ménages à bas revenus. Berlin compte une foule d’ « infrastructures » à destination des catégories de population les moins aisées : logements à bas prix, boissons (je vous laisse deviner lesquelles) au coût souvent dérisoire, omniprésence des magasins discount, bistros plus qu’abordables… Il n'est certainement pas très agréable d’être pauvre, mais il vaut toujours mieux être pauvre à Berlin qu’à Munich ! Ainsi on en vient presque à dire que des quartiers entiers appartiennent aux pauvres. Wedding et Neukölln constituent ainsi les exemples typiques de quartiers où une part importante de la population ne vit que sur les aides sociales de l’Etat (les fameux Hartz IV-Empfänger). 


Ces quartiers sont à la fois stigmatisés par les classes les plus aisées de la population (également pour des raisons ethniques, ce sur quoi je reviendrai dans ce blog), mais aussi prisés par d’autres catégories de population : les étudiants et les artistes. Ces derniers profitent largement des loyers bas et de la vie bon marché à Berlin pour maintenir sa réputation séculaire de foisonnement culturel. On comprend ainsi grâce à eux le lien que fait Wowereit entre la pauvreté et l'attractivité de sa ville : la forte présence de classes sociales moins aisées et d'une population jeune développant une contre-culture au sein même d'une ville capitale.

Mais ces éléments amorcent justement le processus qui fait l’objet d’âpres débats parmi les commentateurs de la capitale allemande : la gentrification.


mardi 22 novembre 2011

Potsdam, quand Frédéric le Grand rencontre Staline

POTSDAM : un nom qui rappellera aux récents bacheliers une conférence internationale qui s'y est tenue en 1945, à d'autres le vague souvenir d'un château portant un nom français ressemblant un peu à Versailles.

En août 1945 s'est en effet déroulée au château de Cecilienhof la conférence de Potsdam, où les Alliés victorieux de la Seconde guerre mondiale ont décidé du sort de l'Allemagne vaincue. Et le château de Sans-Souci s'est bien inspiré de Versailles, mais n'a été construit qu'au XVIIIème siècle - j'y reviendrai. C'est donc dans cette charmante ville de 150 000 habitants située à environ 40 km au sud-ouest de Berlin que j'ai décidé de faire il y a deux semaines de cela une petite excursion à vélo. 

Potsdam se caractérise avant tout par son patrimoine baroque et la beauté de ses innombrables châteaux prussiens incarnant l'apogée du style rococo, alors choyé par les princes germaniques. Mais le plus frappant réside surtout dans le mélange assez surréaliste entre son passé de lieu de résidence des rois de Prusse et son passé communiste. Potsdam est en effet la capitale du land de Brandenburg (qui encercle celui de Berlin) et donc d'un ancien land de la RDA. Et ce passé pour le moins mouvementé demeure très perceptible, aussi bien dans l'architecture que dans la structure urbaine de la ville.

On arrive à Potsdam par la Hauptbahnhof (gare principale), qui est située de l'autre coté du centre-historique par rapport à la Havel (rivière qui coupe Potsdam en deux). En arrivant, ce ne sont pas de somptueuses résidences princières qui vous attendent, mais plutôt de larges avenues désertes et dépourvues de tout charme, nous rappelant très vite que l'on est "passé à l'Est".

En se rapprochant des bords de la Havel, on observe déjà plus de verdure, et le paysage commence à devenir agréable :

La Havel

Petit jardin en bordure de la rivière,
bucolique à souhait

Citadins pêcheurs, avec au fond la Nikolaikirche et la Alte Rathaus (mairie)

On pourrait penser que les deux dernières photos ont été prises dans deux endroits de la ville assez éloignés l'un de l'autre. En réalité, seulement 200 mètres séparent la tour HLM de ces deux bâtiments à l'architecture baroque ; c'est justement ce décalage qui frappe le plus lorsque que l'on aborde le centre de Potsdam.

Cette photo vient confirmer cette impression, avec un contraste plutôt atypique. Les façades rénovées dans le style "baroque" (à gauche) cohabitent dans une certaine cacophonie paysagère avec les HLM typiques de la RDA .

La Breite Strasse ("rue Large")
Cette diversité s'explique tout d'abord par le fait que Potsdam a été très sévèrement détruite en avril 1945 lors d'un bombardement allié, à l'instar de nombreuses villes allemandes détenant un patrimoine architectural d'une valeur historique inestimable.

La Nikolaikirche après le bombardement d'avril 1945


Sa reconstruction a relevé de deux processus.

D'abord sa soviétisation : la photo précédente le montre bien, avec un élargissement des rues et la construction de Plattbauten, qui sont en quelque sorte l'équivalent de nos HLM. 
Les immeubles plus anciens n'ayant pas été rénovés et étant devenus complètement insalubres, dans les années 1960, ces tours de béton et de préfabriqué disposaient à l'inverse de tous les équipements et du confort modernes. Ils étaient pour une partie réservés aux cadres du Parti et de l'administration, ce qui se conçoit d'autant plus à Potsdam, ville capitale du Land de Brandenburg. C'est la raison pour laquelle on voit cohabiter à Potsdam les vestiges historiques de son passé prussien et les réalisations de l'époque de la RDA.


Le quartier de Plattbauten de Potsdam-Süd, symbole de l'architecture made in RDA

Ensuite, son embourgeoisement, consécutif à son statut de capitale du Brandenburg. De nombreuses habitations (qui ressemblent parfois plus à des manoirs qu'à des maisons individuelles) ont été reconstruites "dans le style" baroque. Cela a donné lieu à la constitution d'avenues dominées par des habitations kitsch d'un luxe ostentatoire, au nord et à l'est, près des plans d'eau. Ce phénomène se poursuit toujours à l'heure actuelle, et renforce selon moi le coté "Preussenland" (Disneyland à la Prussienne) de Potsdam.

Ce caractère se constate aussi dans le centre historique de Potsdam, qui a été entièrement reconstruit dans le style d'époque - non sans charme cette fois. 




L'impression de contraste s'évapore néanmoins lorsque l'on aborde le parc de Sans-Soucis, qui contient une multitude de châteaux (dont le plus célèbre, celui de Sans-Soucis) tous plus romantiques et "mignons" (je ne trouve pas d'autres mots, je vous prie de m'en excuser !) les uns que les autres. 

Court rappel historique avant une petite balade photographique.

La plupart des palais de Potsdam ont été bâtis sous le règne du Roi de Prusse Frédéric II le Grand, entre 1740 et 1786. Ce dernier voulant faire entrer la Prusse dans la cour des grandes puissances européennes, il commande des réalisations architecturales à la hauteur de cette puissance. Ainsi son palais d'été de Sans-Soucis, construit entre 1745 et 1747, est souvent rangé parmi les principaux rivaux du château de Versailles, bien que le palais ait été réalisé dans un style rococo plus intimiste et nettement plus petit que son homologue français. Les goûts personnels du roi ont eu une telle influence sur la conception et la décoration du palais que l'on parle parfois de « rococo frédéricien ». Frédéric II lui-même et ses successeurs se chargeront d'embellir et d'agrandir le parc avec des lieux d'agréments et de nouveaux palais. Après la Seconde guerre mondiale qui détruit à moitié les constructions impériales, le château devient un véritable parc d'attraction de la RDA. Aujourd'hui, à l'instar de son quasi-alter-ego versaillais, Potsdam accueille de façon quotidienne les milliers de touristes venus du monde entier pour venir admirer les vestiges du passé impérial prusso-allemand. 

Un aperçu des meilleurs clichés que j'ai pu prendre lors de ma visite à vélo : 


L'axe central du parc de Sans-Soucis et sa horde de touristes

Vue générale du château (désolé la photo est de travers, mais il faisait froid...)

L'Orangerie

L'un des lieux d'agréments conçus pour le plaisir du roi : le moulin à vent

Le Pavillon chinois sous le soleil de Novembre : so süss !

Le nouveau château

Un parc à statues en voies de réhabilitation, plutôt étrange


Le château de Sans-Soucis, vue de coté

Le style rococo son expression la plus pure 
Le moulin à vent au coucher du soleil


Le Jungfernsee, l'un des innombrables plans d'eau qui bordent Potsdam


La diversité que l'on a pu apercevoir à travers ces photos montre bien le concentré d'histoire que constitue Potsdam, qui peut dans ce sens, presque rivaliser avec sa voisine berlinoise. De Frédéric le Grand à Staline, on peut donc deviner une continuité, celle d'un lieu de villégiature paisible et conçu pour le plaisir des sens, aussi bien pour des princesses prussiennes libertines que pour des cadres rigides du Parti communiste.


jeudi 17 novembre 2011

Berlin, l'anti-Paris ? - Chapitre 2 : Le clubbing berlinois, mythes et réalités

Je m'écarte (déjà!) de mon sujet fétiche, l'analyse urbaine, pour répondre à une question fréquente que l’on me pose souvent lorsque l’on m’interroge sur ma vie à Berlin : « Et les sorties ? C’est comment par rapport à Paris ? J’ai entendu que Berlin c’était trop stylé, que les gens font la fête toute la nuit, que la musique est hyper branchée… ». J’ai donc décidé de traiter la question sur la forme d’un vrai ou faux (ou plutôt richtig oder falsch) sur les idées reçues qui circulent à propos de la vie nocturne sur les rives de la Spree. 

  • Les Clubs (prononcer Kloupse) : « On ne trouve que des squats où passe seulement de la techno-électro, c’est trop stylé/trop naze» (cela dépend des goûts musicaux du quidam)
Derrière cette question qui ne relève a priori seulement des goûts musicaux, se trouve toute l’histoire de la renommée du clubbing berlinois. 

C’est entre autres la faillite de Berlin après la réunification a permis à la culture dite « underground » ou alternative (on ne sait jamais quel terme employer pour qualifier la capitale allemande) d’y prendre racine. Les grands espaces industriels laissés en friche après la fin de la RDA se sont ajoutés à celles déjà existantes de Berlin-Ouest, constituant des espaces libres, affranchis de toute contrainte de la part des pouvoirs publics. Simultanément, le faible coût des loyers de certains quartiers (auparavant Prenzlauer Berg et Kreuzberg, aujourd’hui Neukölln et Wedding) a attiré une foule de jeunes créatifs et artistes. Il suffit d’ajouter à cela le faible coût de la vie, une tradition de l'occupation communautaire des immeubles, et l’on pouvait voir ouvrir les premiers clubs spécialisés dans les musiques qui font aujourd’hui la renommée de Berlin : les musiques électroniques. 

La prééminence de ma musique électronique minimaliste à Berlin s’explique aisément : les bâtiments industriels, habitations communautaires et infrastructures publiques à l’abandon ont correspondu parfaitement avec la structure même de ces musiques répétitives. Les décors relèvent en même temps d’une originalité et d’un anonymat déconcertant : tuyaux, graffitis, murs en lambeaux, résidus d’activité industrielle. Ainsi le Stadtsbad à Wedding ou le Tresor à Janowitzbrücke sont deux exemples typiques de cette association entre décor minimaliste et musique répétitive : le Stadtsbad est une ancienne piscine, où plusieurs dancefloors se trouvent dans la chaufferie, tandis que le principal de l’animation au Tresor est localisé dans une sorte de gigantesque cave. Dans les deux cas, les « danseurs » sont placés dans des environnements indistincts, gris et impersonnels, ce qui favorise une focalisation intensive sur la pulsation et sur la texture du son, souvent bien-sûr, renforcée par la prise de substances « énergisantes » (et parfaitement illicites au passage !). 

Bien sûr, je ne parle que des hot-spots du clubbing berlinois que chaque étudiant Erasmus peut nommer, je ne peux aborder ici la foule de petits clubs moins réputés et souvent plus intimistes, pas forcément établis dans une ancienne fabrique industrielle, mais qui se cachent plutôt par exemple dans les immeubles de Kreuzberg.  

Bref, l’histoire économique de Berlin a favorisé la montée en puissance de ces types de musique. Mais attention : si ces derniers sont prééminents, ils ne sont pas pour autant écrasants. Berlin recense aussi la banalité ultime en termes de boîtes de nuit, comme le Matrix, où le mercredi les étudiants étrangers grouillent pour rassurer leurs oreilles avec du Rihanna et autre David Guetta. Les musiques latinos ne sont pas totalement absentes, et quelques clubs habitués à l’électro se convertissent parfois en boîte de hip-hop, ou mieux, accueillent du Balkan-beat, mélange entre techno et musique traditionnelle des Balkans ! Enfin, comme toute capitale européenne qui se respecte, Berlin compte un certain nombre de bars-lounge un peu plus chics où l’on a (quand même) le droit de payer son cocktail 10 €. 

En résumé, si la techno et l’électro restent l’atout de Berlin by-night, on n’est pas obligé d’y couper systématiquement. Et c’est justement cette diversité, plutôt que le « tout-électro » qui fait le charme de Berlin.
  • Le coût d’une soirée à Berlin ? « Ca ne coûte rien par rapport à Paris » 
De manière générale, c’est deux à trois fois moins cher, que ce soit l’alcool, l’entrée en boîte ou un repas sur le pouce. Sans tomber dans un paragraphe style guide du routard, cette assertion s’avère juste : Berlin n’est effectivement pas onéreux pour qui sait s’y prendre… et qui sait être raisonnable ! Enchaîner restaurant-bar-boîte-boîte semble la soirée de rêve, mais l’on peut se réveiller le lendemain avec un gros mal de tête et plus un sou en poche… Reste à noter que le coût de la vie augmente vite avec la gentrification de la ville - j’y reviendrai plus tard dans un article à paraître – ce qui se ressent aussi dans le budget d’une soirée. 

  • Les Berlinois : « A Berlin les gens font la fête non stop le week-end et rentrent de boîte systématiquement à 10h du mat, alors qu’à Paris tout ferme après 4h du mat » 
Cette affirmation ne s’applique que pour une faible catégorie de noctambules. Il est vrai que Berlin compte de nombreux fêtards systématiques, qu’ils soient allemands ou étrangers. Sortir chaque soir semble pour certains une obligation à laquelle on ne peut déroger ; je laisse cette observation à l’appréciation de chacun. 

Tout le week-end jusqu’à 10h du matin ? Il faut avoir une sacrée résistance ainsi qu’une certaine détermination à ne rien faire d’autre que de clubber pendant 2 jours pour se conformer à ce portrait. Néanmoins, il est vrai que les boîtes de la Revaler Strasse sont ouvertes 24/24 du vendredi soir au lundi matin. Ce qui mène à l’expérience amusante suivante : habiter dans le quartier, se coucher à 6h du matin après être rentré de club électro… et se réveiller à 13h en entendant la même musique (qui peut s’entendre de l’extérieur, oui oui) émanant des clubs environnant. 

Vous l’avez donc deviné : l’expérience du WE-en-boîte-non-stop est indissociable de la prise de certaines substances. Speed, ecstasy, tout est bon pour tenir. 

Par contre, un fait intéressant, le rythme journalier de Berlin est très particulier : tout ferme à 18h, et l’animation dans les bars et les boîtes ne commence jamais avant minuit, si ce n’est plus tard (d’autant plus que le métro fonctionne toute la nuit le week-end). On peut donc observer quotidiennement une période de creux entre 18h et minuit, où les rues sont parfois désertes dans certains quartiers… 

De façon plus générale, il demeure vrai que la plupart des clubs sont ouverts en open-end, et les métros étant ouverts toute la nuit, la nuit berlinoise offre une incontestable sensation de liberté à ce niveau. 

  • « Faire la fête à Berlin ? Bof, si c’est pour être avec tous ces Easy-jetsetteurs… » 
Cette expression tient bien-sûr à la compagnie aérienne qui relie la capitale allemande à de nombreuses destinations européennes à des prix extrêmement compétitifs. C’est donc en effet par l’aéroport de Schönefeld que transitent pratiquement tous les clubbeurs étrangers venus goûter aux joies de Berlin by-night que je vous ai exposées précédemment. Ce phénomène est donc avéré. 

Les videurs des boîtes renommées abhorrent véritablement ces non-germanophones éméchés qui débarquent en groupe pour altérer le non-conformisme des temples de la culture alternative (typiquement le Berghain, qui est le Graal de tout clubbeur chevronné à Berlin) et déranger les riverains. Seul hic : ces énergumènes bruyants deviennent un véritable problème de long terme lorsque ce sont des étudiants Erasmus… 

Mais ce n’est pas tellement un problème ; les boîtes « branchées » (tellement connues qu’on se demande si elles le sont encore…) fournissent la plupart du temps une ambiance si particulière que peu importe la nationalité, le look ou la langue maternelle de son voisin. 

  • Le style vestimentaire de rigueur : « A Paris, sortir en chemise/en talons, c’est la base, à Berlin c’est proscrit » 
Il est vrai que l’on se sent rapidement overdressed à Berlin, pour peu que l’on porte une chemise ou une veste de costume de façon trop classique pour un homme. De même pour les femmes, je n’ai que peu vu de talons aiguilles lors de mes sorties – en dehors des soirées passées dans des lieux "non-typiques de Berlin". Or à Paris, ces deux accessoires ne se remarquent parfois même pas tant ils sont communément admis dans les rues de la capitale française… 

A Berlin, le style vestimentaire demeure la clé et le symbole de la culture alternative. Je ne parle pas seulement des hipsters (concept utilisé ici par extension, qui n’est pas une création berlinoise, mais bien nord-américaine): Berlin compte une pléthore de styles plus ou moins affirmés (on y trouve d’ailleurs plus fréquemment qu’à Paris des personnes « underdressed », où des tennis, un jean bleu clair rapiécé et une veste de jogging trop grande servent de tenue de sortie). Roots, baba-cool, grunge, punk, bobo, « the Kooples », junkie… ou les sept à la fois, on trouve tous les styles à Berlin, pas seulement l'archétype du bobo/hipster/yuppie. Le tout est d’en avoir un ! C’est souvent un festival de genres vestimentaires (pour le meilleur comme pour le pire), de frippes bariolées, de coupes de cheveux rocambolesques et de piercings. Mais attention, encore une fois ce festival ne s’applique le plus souvent qu’aux quartiers privilégiés par les fêtards. Ailleurs à Berlin, rien de différent des autres régions de l’Allemagne, je ne m’étendrai donc pas dessus. 

Paris sera toujours Paris, mais Berlin: underground ou déjà has been ? 

Berlin est alternatif, underground, branché… Que de qualificatifs sans véritable signification et plus ou moins mélioratifs à propos de cette ville, aujourd’hui tant commentée par les artistes aussi bien que les sociologues urbains. A travers cet article, j’ai tenté de montrer que Berlin est certes une ville très attractive, où il fait bon sortir, où l’offre musicale la nuit est très diverse, pas davidguettaisée et non limitée à la musique électronique répétitive. A Berlin, on ne court pas non plus à tout prix la mode alternative, sorte de contre mode qui deviendrait la mode plus tard. De toutes façons, pour reprendre Karl Lagerfeld : "ce qui est à la mode, n'est plus à la mode". 
Non, ce que l'on ressent ici, c’est plutôt une certaine liberté, une variété de choix, et surtout une possibilité de rencontres quasi-infinie qui s’offre à vous. La branchitude, c'est une autre histoire. 


dimanche 6 novembre 2011

Berlin, l'anti-Paris ? - Chapitre 1 : Mobilités

Ayant vécu deux ans à Paris et dans des conditions similaires (étudiant à l’université), je ne peux m’empêcher d’établir en permanence des parallèles ou des contrastes entre les deux villes.  Qu’en est-il vraiment ? Voici donc une série d’articles où les caractéristiques majeures des deux capitales seront mises en perspective pour établir une comparaison destinée à cerner le caractère propre à chacune des capitales.

  • La densité de population comme facteur explicatif du mode de transport 
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Berlin compte une densité de population de seulement 3 800 habitants au km²  contre environ 21 000 pour Paris intra-muros. Et c’est justement l’une des premières impressions que l’on a en arrivant à Berlin : la sensation d’espace et de fluidité. Cette impression forme un contraste non négligeable avec Paris, qui se distingue par la hauteur de ses bâtiments et l’étroitesse manifeste de ses artères urbaines.
A Berlin, les bords des rues sont assez larges pour permettre aux piétons et aux vélos de circuler de chaque coté en toute sécurité (ou pas…). Que ce soit en centre-ville ou dans les quartiers périphériques, des rues de première importance ou des voies secondaires. On doit cette caractéristique en grande partie aux destructions de la Seconde Guerre mondiale, qui a permis ce réaménagement.
Il ne faut pas aller très loin pour atteindre des quartiers résidentiels comportant des maisons particulières, contrairement à Paris où l’on n’en trouve quasiment aucune à l’intérieur du périphérique. C’est un témoin évident de la faible densité de l’agglomération berlinoise, qui influence considérablement la mobilité citadine.
A Paris, les principaux moyens de locomotion sont le métro et dans une moindre mesure la voiture. Mais surtout, la marche à pied est bien plus fréquente. A Berlin, les distances qui doivent être parcourues dès lors que l’on envisage de se rendre d’un point A à un point B sur ses jambes sont deux à trois fois plus longues, avec un écart bien plus important entre les stations de U-Bahn par exemple (métro berlinois). Les courts trajets à pieds sont donc plus rares (ce qui s’accentue avec les températures glaciales de l’hiver continental), et prennent au minimum 15 - 20 minutes, quand ce n’est pas 30 à 40 minutes ! 


  • Berlin, une ville d’Europe du Nord comme les autres ? 
D’où la prééminence du vélo. Bien-sûr, ce n’est pas une caractéristique spécifique à Berlin, plutôt de l’Europe du Nord, mais il est vrai que comme partout en Allemagne ou aux Pays-Bas, le cycliste est roi. Et on comprend pourquoi : tout est fait pour faciliter les déplacements à vélo. Les points d’attaches sont omniprésents (aussi bien des installations régulières qu’une simple suspension de bicyclette à un grillage), les pistes cyclables plus nombreuses que les passages piétons. Les S-Bahn (RER) comptent tous un wagon spécialement prévu pour mettre son vélo, si bien qu’en période d’affluence ils ont du mal à coexister avec les poussettes… Une omniprésence des cyclistes donc (pas encore autant qu’à Copenhague où 70% des déplacements sont effectués à vélo, véritable enjeu pour la municipalité) que la ville de Berlin désire encore accentuer dans un but environnemental.

Anarchie cycliste à Revaler Strasse (Fridriechshain)


Contraste saisissant avec la situation parisienne. L’opération Vélib’ a certes eu du succès, mais le vélo peine à s’imposer dans la capitale française : accidents, pistes cyclables peu présentes ou peu respectées des autres usagers de la route… C’est pourtant là le seul handicap que possède Berlin par rapport à Paris : son système de location de vélos en libre-service. Sa mise en place est effectuée par la Deutsche Bahn (compagnie ferroviaire allemande), mais faute de moyens financiers (la ville de Berlin est endettée à hauteur de 60 milliards d’euros) les stations ne sont présentes qu’à Mitte, le quartier central, qui ne représente qu’une petite part de la métropole berlinoise. A Berlin la location de vélo demeure un élément hautement touristique ; la plupart des vélos ont un propriétaire particulier. En revanche, à Paris, grâce à l’omniprésence des stations Vélib’et son système de location flexible, il devient plus avantageux de prendre un abonnement à l’année et de ne pas détenir son propre engin. A cet égard, on comprend que la culture cycliste demeure dans une large mesure modelée par l’action des pouvoirs publics. 
Le respect légendaire des Allemands pour les règles établies ? Que nenni... Ici un vélo garé dans une station de S-Bahn



  • Les transports en communs : structure et fonction sociale 
Berlin compte, comme Paris, tous les moyens de transports possibles : métro (U-Bahn), RER (S-Bahn), tramway, bus. Si la vitesse des engins, leur capacité et leur mode de fonctionnement reste plus ou moins similaire (le prix reste toutefois nettement plus élevé à Berlin), le réseau dans son ensemble et la fonction des stations diffèrent dans une large mesure.


Première différence : il semble que le réseau de transports en commun parisien présente une certaine cohérence, contrairement au réseau berlinois. Les pôles de convergence des lignes de métro et de RER (Les Halles, l’Etoile, République, Nation, Gare Montparnasse…) sont relativement bien répartis dans Paris intra-muros, ce qui permet à l’usager d’avoir au maximum un changement dans son trajet. A Berlin, les lignes de U-Bahn ne suivent pas vraiment  de logique et présentent parfois un circuit biscornu. Les lignes S-Bahn principales se trouvent le long de la Spree (qui ne passe pas partout à Berlin…), formant ainsi une chaîne de pôles importants qui se succèdent de Ostkreuz à Westkreuz en passant par l’Alexander Platz, la Hauptbahnhof et le Zooloogischer Garten.

 Ainsi, il est courant à Berlin d’avoir à effectuer deux voire trois changements pour peu que l’on ait à traverser la ville. Les bus ou les trams constituent donc souvent une alternative intéressante – qu’il faut toutefois maîtriser au préalable ! Mais de façon générale, ce réseau peu cohérent rallonge les durées de trajets, qui atteignent souvent ¾ d’heure/une heure.
Là où Berlin se démarque de Paris, c’est par son Ring, un S-Bahn qui court en boucle autour des quartiers centraux, sorte de périphériques de transports en commun. A  mon sens c’est l’un points faibles majeurs du réseau parisien, trop centré sur les Halles. Le projet du Grand Paris doit s’efforcer de résoudre ce qui constitue un problème majeur pour les trajets inter-banlieues.

Deuxième différence, majeure, le week-end, le métro berlinois est ouvert toute la nuit. Cela permet de satisfaire les besoins des fêtards venus du monde entier pour profiter de l’offre illimitée de sortie que présente Berlin. D’ailleurs, cette attractivité qui est connue depuis déjà une dizaine d’année représente une source de revenus indispensable à la capitale allemande, déjà largement endettée…
A Berlin la nuit, les couloirs des stations de U-Bahn de Kreuzberg, de Prenzlauer Berg et de Neukölln constituent donc les lieux de convergence pour les noctambules de toute extraction : jeunes berlinois de pure souche, étrangers éméchés faisant remarquer à haute voix leur incapacité à maîtriser la langue de Goethe (les Français en particulier excellent dans cet art), groupes de quadragénaires sortis simplement pour un repas au restaurant, cercles de junkies aux vêtements bariolés traînant leurs molosses à bout de bras et exhibant fièrement leurs piercings, sans oublier les sans-abris (les fameux Penner). A Paris, si parfois certaines stations au trafic important peuvent s’animer de cette manière le samedi soir lorsqu’elles ouvrent jusqu’à 2h du matin, rien de comparable. Le métro reste un lieu de passage, un sas de transition entre le chez-soi et le lieu de la fête, mais jamais un pôle de centralité, comme peuvent l’être par exemple les stations Warschauer Strasse ou Schlesischer Tor. Cela s’explique aussi par le fait que les stations de U-Bahn regorgent d’échoppes de Bretzel, de Curry Wurst, et de Döner, qui pratiquent des prix défiant toute concurrence et ouvertes toute la nuit.
La station de U-Bahn Thielplatz, à la fois Imbiss, kiosque et station  de métro, kieu de socialisation incomparable des étudiants de la Freie Universität

  • Les transports en commun comme révélateurs des mœurs sociétales

Je ne vous apprendrai rien en vous disant qu’il est aisé d’observer une société toute entière grâce au microcosme que constitue le réseau de transports en commun… Je ne m’étendrai pas sur mes observations qui seraient souvent triviales, mais je ne peux pas aborder le sujet de la mobilité sans aborder son chapitre culturel.

Deux témoins : les escalators et les mendiants

Les escalators sont utilisés de façon bien différente à Paris et à Berlin. A Paris, prendre l’escalator est un passage parfois obligé, mais son utilisation doit pouvoir toujours répondre à la fois au besoin de l’homme d’affaire pressé et du touriste béat. Simple procédé donc : les personnes désirant rester sur une seule marche et se laisser porter par le mécanisme se rangent à droite, pour permettre aux  autres de les contourner. A Berlin, aucune règle implicite de ce genre : les pressés prennent les escaliers, et l’on peut stationner dans les escalators sans se faire houspiller… C’est une simple observation, très banale, mais je la trouve particulièrement évocatrice quand il s’agit de comparer la mentalité des deux villes. Paris ville stressée, pressée, ville d’affaire, capitale d’un Etat central. Berlin, la ville de l’espace, de la culture alternative, du Carpe Diem, ville secondaire aussi sur l'échiquier économique mondial. Donc deux façons de prendre les escalators. La métaphore s’arrête là !

Les mendiants ensuite. J’en parle dans cet article car c’est dans les transports qu’on les rencontre le plus fréquemment. Mon impression générale est pour l’instant que ceux-ci font à Berlin beaucoup plus partie du paysage. Ils ne diffèrent parfois que peu des junkies, et surtout, l’attitude de l’entourage est bien moins hostile qu’à Paris. Ainsi le Strassenfeger (journal des sans-abris) se vend relativement bien dans le métro berlinois ! Mais la différence s’arrête là : Berlin et Paris comptent toutes deux énormément de sans-abris, de femmes venant mendier dans le RER avec leur bambin, et les métros respectifs des deux capitales sont littéralement envahis en hiver. L’importance du tourisme dans les deux villes explique aussi en partie l’importance de leur nombre. Cela reflète bien une partie de la situation socio-économique dans Paris intra-muros et à Berlin : des logements de plus en plus chers, une gentrification rampante (ou plutôt exponentielle dans le cas de Berlin, j’en parlerai plus tard…), un chômage important... et donc, pour faire simple, plus de gens à la rue.

Pour conclure, est-il plus agréable de se déplacer à Berlin ou à Paris ? Je dirais que le confort revient à Berlin tandis que la rapidité et l'efficacité revient à Paris - la BVG (compagnie des transports publics berlinois) et la RATP en conviendront !  

Herzlich Willkommen !

Bonjour, je m’appelle Rémi, je suis étudiant à Sciences Po Paris, et je passe actuellement ma troisième année d’étude en échange à la Freie Universität, Berlin. Ce blog constitue mon support d’expression pour cette expérience particulière qu’est la troisième année à l’étranger au sein du cursus que je suis à Sciences Po.

Pourquoi un blog ?
Ceux qui me connaissent se poseront certainement la question...

  • Berlin : le multiculturalisme urbain sans clichés ni faux enthousiasme
Encore un blog sur Berlin… Bien-sûr, l’expérience berlinoise a déjà été vécue, et l’est encore, par un grand nombre d’européens : clubbers chevronnés, familles nombreuses, couples d’amoureux désireux de changer du romantisme « habituel » de Paris ou de Venise. Berlin est une ville accessible pour un week-end, à partir de nombreuses capitales européennes – et cela de manière croissante avec la prochaine ouverture de l’aéroport Berlin-Brandenburg prévue pour 2012. La ville-Land compte aussi une importante communauté francophone, dont les membres sont nombreux à relater dans d’autres pages internet leurs propres expériences… Les miennes s’efforceront de différer du simple enthousiasme pour une ville « à la vie culturelle foisonnante », « à la vie nocturne trépidante » et « empreinte d’une histoire encore très récente et visible ». Ces trois qualificatifs sont vrais, mais sont parfois, dans une certaine mesure, exagérés, ou seulement en partie vrais.

Berliner Humanum Est ! Le berlinois n’est pas qu’un hipster alternatif qui aime la musique électro et s’habille aux frippes… Le but de mon blog est donc d’apporter un éclairage aussi original que possible sur cette ville, qui n’est – qu’on se le dise - pas magnifique, mais tellement passionnante à contempler et étudier, et remplie de paradoxes.

  • L’écriture : une thérapie ?
Enfin, ce blog s’inscrit pleinement dans la démarche qui m’a poussé à venir passer une année d’études à Berlin, en Allemagne, pays d’Europe, à la frontière avec la France, et non sous des cieux plus cléments (« des pays imbéciles, où jamais il ne pleut », dirait Brassens), au Brésil, en Australie ou aux Etats-Unis, comme j’en aurais eu la possibilité. Je voudrais simplement associer pendant cette année enrichissement intellectuel, ouverture d’esprit, travail scolaire et professionnel et loisirs – pas toujours aussi facile qu’on le croit !


Sur ce, je vous souhaite une agréable lecture de mes articles et je vous encourage à me soumettre toutes vos questions, vos remarques, vos critiques, vos humeurs du moment, vos bons mots, vos coups de gueule, vos bisous, votre amour, bref, tout ce qui peut agrémenter ce blog d’un peu de vitalité ! =)


Rémi