vendredi 20 avril 2012

La campagne présidentielle vue d'Allemagne

Le but de mon blog n'est pas de commenter la politique. Mais avec la morne campagne qui nous est servie cette année (et qui risque d’être la première d’une très longue série…), je cède à la tentation de vous retransmettre le point de vue ultra-rhénan sur les joutes électorales françaises.

« Ah, il y a une élection en France ? »

Contrairement à l’intérêt prononcé des médias français pour les élections américaines de 2008 et anglaises de 2010, la large réelection de Merkel ne les a pas passionné - compréhensible au vu du faible enjeu qu'elle présentait. Cependant, à 3 jours du premier tour, alors que l'élection présidentielle française présente bien plus de probabilités de voir le chef de l'Etat changer, l'Allemagne s'en désintéresse tout autant. Outre de vagues réactions de connaissances questionnées sur le sujet, j'ai constaté ce délaissement en premier lieu grâce à une courte revue de presse. Le procès Breivik, la possible dissolution de la coalition CDU-FDP après les élections en Rhénanie du Nord-Westphalie ou encore la montée du parti Pirate dans les sondages fédèrent bien plus d’opinions, comme l’attestent les pages d’accueil du Frankfurter Allgemeine Zeitung (il faut aller au fond à droite pour trouver la case consacrée à François Hollande), du Süddeutsche Zeitung (on accuse même le duo franco-allemand de saboter la construction européenne) ou du Spiegel ( http://www.spiegel.de/politik/). Même dans le journal allemand Das Parlament - pourtant réservé à des initiés de la politique - se trouve un schéma explicatif très basique de notre système politique. Campagne inexistante, désintérêt ailleurs. Toutefois, je ne saurais dire si ce dernier est propre à une élection fade, ou s'il provient d’une divergence plus profonde entre la France et l’Allemagne datant de la Réunification et de la réorientation de la politique allemande. Les médias allemands, aussi gourmands que les français en faits divers, passent même plus de temps à discuter de la respectabilité des deux potentielles premières dames de France, Carla Bruni et Valérie Trierweiler. 

Un modèle allemand ?

Faisons contre mauvaise fortune bon coeur : les quelques articles de journaux allemands consacrés aux élections présidentielles demeurent intéressants, dans la mesure où ils nous renvoient à la figure notre encensement permanent du présumé « modèle allemand ». Les analystes allemands regardent avec amusement nos articles d'auto-flagellation bourrés d’études comparatives visant à démontrer l’inefficacité de nos dépenses publiques et la faiblesse de notre commerce extérieur.

Si la plupart des Français connaissent cette situation et la regardent avec un mélange de jalousie, d’admiration, et un zeste de germanophobie, peu savent à quoi ils doivent cette auréole de performances économiques. Les Allemands, eux, le savent bien. Un intense effort de réforme a été consenti après la réunification, concrétisé en 2002 par l’agenda 2010 de Gerhard Schröder et poursuivi par Angela Merkel, qui a réduit drastiquement les dépenses de l’Etat-Providence et sensiblement réduit le niveau de vie global de beaucoup d’Allemands. Fusion des allocations sociales avec celles du chômage, repoussement de l’âge de la retraite à 67 ans, mise en place des fameux Ein-Euro-Jobs, petits boulots payés à un euro de l’heure (lorsqu’un allemand vous dit qu’il est caissier et qu’il gagne 4 euros de l’heure, ne soyez pas surpris, c’est la moyenne nationale pour ce genre de travaux, faute de conventions collectives dans ce domaine professionnel)… On ne peut donc pas s’étonner d’être regardés avec autant d’étonnement, d’incompréhension, et parfois même avec un certain dédain. D'où un léger rictus lorsque l'on leur parle de Mélenchon et de son SMIC à 1700 €.


Les revendications au cœur de la campagne de certains candidats, y compris les plus sérieux, vous l'aurez vite compris, sont parfois controversées. Ainsi la proposition de François Hollande de taxer les hauts revenus jusqu’à hauteur de 75% a souvent été jugée comme démagogue, et n'a été approuvée outre-Rhin que par l'équivalent du Parti de Gauche allemand, Die Linke. Le Spitzkandidat de gauche demeure également remis en question pour sa position imprécise vis-à-vis du nucléaire, sujet très cher aux Allemands. Quant à savoir quels politiciens allemands soutiennent quel candidat, malgré une adéquation très imparfaite, il répond symétriquement au schéma français : la CDU (Chrétiens-Démocrates) souhaite voir Sarkozy vainqueur, le SPD (parti Social-Démocrate) François Hollande, les Verts, Eva Joly (qui avait effectué un voyage à Berlin riche en enseignements l'année dernière), Die Linke soutient Jean-Luc Mélenchon – ce dernier s’était même entièrement inspiré de l’expérience allemande pour lancer le Front de Gauche. Seul le FDP (Parti Libéral-Démocrate) ne se positionne pas, estimant que dans tous les cas le renforcement du partenariat franco-allemand sera intégrée par la Raison d’Etat du prochain président…


L’Europe, seul dénominateur commun


Finalement, les propositions des candidats qui intéressent le plus les Allemands (et qui n’intéressent pas vraiment les Français…) sont ceux concernant la construction européenne. François Bayrou est ainsi donné en « bon contre-exemple » libéral pro-européen - une sorte de Jean Monnet du XXIème siècle en somme - face à un Sarkozy pourfendeur des accords de Schengen. Tout comme leurs gouvernants, les Allemands restent largement conscient du rôle moteur du duo franco-allemand. Ce dernier est ainsi loin d’être remis en cause. Au Bundestag (l'Assemblée allemande), à droite comme à gauche, on admet que son absence a trop souvent conduit l’Union Européenne dans l'impasse. Pour les gouvernants comme pour l'opinion publique, les atermoiements des candidats français face à la question économique ne présentent donc a priori pas de danger potentiel pour l'amitié franco-allemande. Dans la même veine, l’expression Merkozy s'est répandue, et en 2013 se tiendra vraisemblablement une Assemblée commune réunissant les députés de l’Assemblée nationale et du Bundestag.

En revanche, on note une véritable expectative au niveau l’aptitude du prochain président à faire approuver (ou renégocier…) le pacte de stabilité financière européen afin d’éloigner les risques de voir la France comme épicentre d’une prochaine vague de crise économique. Épouvantail des candidats de droite en France, sujet vraiment préoccupant en Allemagne. De manière générale, il semble que les politiciens allemands s'impatientent, désirant voir autre chose que des effets d’annonce, à l'image d'Angela Merkel réticente à soutenir Nicolas Sarkzy dans sa campagne pour sa versatilité. Ce n’est donc pas la campagne qui intéresse en premier lieu les Allemands, ni qui va être élu, mais ce qui sera effectivement fait. Logique me direz-vous – mais qu'y a-t-il eu de vraiment logique dans cette campagne ?

Marine chez les Boches 

Comment l’Allemagne perçoit-elle la France et ses 25 % de jeunes votant pour un parti d’extrême-droite ? Les Français ayant eux-mêmes du mal à se l’expliquer, l’incompréhension de nos voisins en est d’autant plus grande. Cette dernière est aussi due à la répulsion extrême que suscite le terme « extrême-droite », qui fait immédiatement référence aux organisations de tendance néo-nazie. L’aspect du programme de Marine Le Pen qui est retenue demeure évidemment la partie concernant l’immigration et l’insécurité. Ainsi sa popularité est attribuée à la relation complexe qu’entretient la France avec ses banlieues explosives, ses enfants d’immigrés (l’affaire Mohamed Merah fut bien entendue largement commentée) et son passé colonial - sujets pour lesquels la France est fréquemment montrée du doigt chez nos voisins. 

« Mais pourquoi tu vas devoir voter 4 fois ? » 

Gros hic également pour une compréhension mutuelle entre les deux pays : la différence substantielle entre les institutions politiques respectives des deux pays. Il émane de l'aménagement du mode de désignation des dirigeants en Allemagne une difficulté à comprendre notre système politique axé sur la personnalisation du pouvoir. Tous les 4 ans, les Allemands renouvellent leur Parlement en n'allant qu'une seule fois aux urnes. Là, ils doivent cocher deux cases : l'une pour un député et l'autre pour un parti. Ensuite, par un subtil algorithme mathématique, les députés sont envoyés à la proportionnelle pour siéger au Bundestg. La majorité parlementaire peut alors se dessiner en fonction des accords politiques, et un Chancelier être élu. D'où le fait que les Allemands voient la politique essentiellement à travers le prisme parlementaire, et non celui du chef de l'exécutif. Pour les Allemands, voir un Français devant se rendre 4 fois en deux mois à l’Ambassade pour voter relève ainsi de la supercherie... Surtout pour voir que le choix – sauf grosse surprise que nous promettent certains – se résumera à deux candidats connus à l’avance. Il s’agit donc de se lancer dans de grandes tirades de droit constitutionnel pour expliquer que les législatives se résument à de petites présidentielles à l’échelle locale, ainsi que la logique des accords électoraux passés entre certains partis…



A défaut d'être vraiment enrichissante, ma perception de l'élection présidentielle de 2012 aura été une expérience intéressante, consistant essentiellement à expliquer le mécanisme des institutions françaises à mes amis allemands. Le rapport plus détaché des Allemands à la politique, l'incompréhension notoire vis-à-vis de la politique française ainsi qu'une sous-médiatisation patente ont brisé mon enthousiasme à l'idée d'être un "Français de l'étranger" s'intéressant de près aux enjeux politiques. Rendez-vous en 2013 pour les prochaines élections en Allemagne... sauf si vous êtes extrêmement impatient et que vous désirez suivre avec zèle les élections à venir en Rhénanie du Nord-Westphalie.








mercredi 18 avril 2012

Panorama péruvien

Deuxième article sur le Pérou, cette fois essentiellent photographique, qui donne un petit aperçu de la variété des paysages que l'on trouve dans ce beau pays du coeur des Andes. 

De façon générale, le Pérou se divise en trois zones. En partant du Pacifique et en allant vers l'Amazonie on trouve :
- la côte (costa), désertique, sur laquelle se trouve la capitale Lima, que je vous ai déjà présentée ;
- la montagne (sierra) ;
- la jungle (selva).

Ce sont les deux dernières que présentent ces clichés. Les deux sont caractérisées par l'alternance d'une saison sèche et d'une saison des pluies ; malheureusement je m'y suis rendu vers la fin de cette dernière. 

La selva (Tingo Maria)

A 8 heures de bus depuis Lima, Tingo Maria est situé dans la selva alta, c'est à dire une partie de la jungle qui se trouve encore à 1000 mètres d'altitude, sur les contreforts des Andes. Cela veut dire un relief plus prononcé, une végétation moins touffue et moins "hostile" (moins de bébêtes), et une chaleur moins étouffante. La jungle light quoi. 

L'hôtel, sympatique havre de paix avant les excursions
Petite balade dans la jungle, parmi les lianes et les cascades :






Les vallées boisées de la selva alta
... rassurez-vous on a quand même vu des insectes de toutes les couleurs



... et des cascades paradisiaques

... des ponts dignes d'Indiana Jones

... mais des rivières sans crocodiles.
Notre guide se fouette les mollets avec des plantes urticantes : ça aurait des effets stimulants pour la marche...



Mon petit herbier de la jungle péruvienne : 























La laguna située à 30 minutes en bus de Tingo Maria est un site émouvant de pureté, de silence (parfois brouillé par la radio de la tienda attenante) et, plus tard dans la soirée, lorsque les locaux désertent l'endroit, de majesté. J'ai eu la chance d'y passer la nuit, sur l'une des cabanes sur pilotis qui la parsèment.








Après ce moment de romantisme intense, départ vers la sierra, à Huaraz, également à environ 8h de bus depuis Lima. 

Ville se reposant essentiellement sur les activités d'extractions, Huaraz est justement une ville de montagne qui ne paye pas... de mine. 

En s'éloignant de la ville, on tombe presque immédiatement sur les alpages



Paysages qui ne manquent pas de rappeler la religiosité d'un pays comme le Pérou




 La carte du pays se dessine même à travers les paysages...

Arrivée à Chavin de Huantar, site archéologique renommé pour son ancienneté  (-500 av. J-C) et son relatif bon état de conservation.






Vue générale du site
Les précurseurs de l'architecture inca, avec, déjà, des dispositifs antisismiques

Pour finir, trek d'une journée vers la Laguna Churrup, perchée à 4450 mètres d'altitude. Le mal d'altitude se fait sentir quand c'est une première performance après seulement un jour d'adaptation, et le chemin se transformait parfois carrément en Via Ferrata ! 















Enfin au bout de 3 heures d'ascension effrénée, la récompense se pointe sous la pluie, la grele et les nuages : un lac de haute montagne perché sous un cirque glaciaire





Voila pour ce petit apercu de la diversité paysagère que l'on peut trouver au Pérou, meme en ne voyageant que par week-ends de 3 jours - ce qui a été mon cas pendant ces vacances au mois de mars. Et non, le Perou ce n'est pas que le Machu Picchu et les Incas, c'est bien d'autres choses !

Hasta pronto!