POTSDAM : un nom qui rappellera aux récents bacheliers une conférence internationale qui s'y est tenue en 1945, à d'autres le vague souvenir d'un château portant un nom français ressemblant un peu à Versailles.
En août 1945 s'est en effet déroulée au château de Cecilienhof la conférence de Potsdam, où les Alliés victorieux de la Seconde guerre mondiale ont décidé du sort de l'Allemagne vaincue. Et le château de Sans-Souci s'est bien inspiré de Versailles, mais n'a été construit qu'au XVIIIème siècle - j'y reviendrai. C'est donc dans cette charmante ville de 150 000 habitants située à environ 40 km au sud-ouest de Berlin que j'ai décidé de faire il y a deux semaines de cela une petite excursion à vélo.
Potsdam se caractérise avant tout par son patrimoine baroque et la beauté de ses innombrables châteaux prussiens incarnant l'apogée du style rococo, alors choyé par les princes germaniques. Mais le plus frappant réside surtout dans le mélange assez surréaliste entre son passé de lieu de résidence des rois de Prusse et son passé communiste. Potsdam est en effet la capitale du land de Brandenburg (qui encercle celui de Berlin) et donc d'un ancien land de la RDA. Et ce passé pour le moins mouvementé demeure très perceptible, aussi bien dans l'architecture que dans la structure urbaine de la ville.
On arrive à Potsdam par la Hauptbahnhof (gare principale), qui est située de l'autre coté du centre-historique par rapport à la Havel (rivière qui coupe Potsdam en deux). En arrivant, ce ne sont pas de somptueuses résidences princières qui vous attendent, mais plutôt de larges avenues désertes et dépourvues de tout charme, nous rappelant très vite que l'on est "passé à l'Est".
En se rapprochant des bords de la Havel, on observe déjà plus de verdure, et le paysage commence à devenir agréable :
| La Havel |
| Petit jardin en bordure de la rivière, bucolique à souhait |
| Citadins pêcheurs, avec au fond la Nikolaikirche et la Alte Rathaus (mairie) |
On pourrait penser que les deux dernières photos ont été prises dans deux endroits de la ville assez éloignés l'un de l'autre. En réalité, seulement 200 mètres séparent la tour HLM de ces deux bâtiments à l'architecture baroque ; c'est justement ce décalage qui frappe le plus lorsque que l'on aborde le centre de Potsdam.
Cette photo vient confirmer cette impression, avec un contraste plutôt atypique. Les façades rénovées dans le style "baroque" (à gauche) cohabitent dans une certaine cacophonie paysagère avec les HLM typiques de la RDA .
| La Breite Strasse ("rue Large") |
Cette diversité s'explique tout d'abord par le fait que Potsdam a été très sévèrement détruite en avril 1945 lors d'un bombardement allié, à l'instar de nombreuses villes allemandes détenant un patrimoine architectural d'une valeur historique inestimable.
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| La Nikolaikirche après le bombardement d'avril 1945 |
Sa reconstruction a relevé de deux processus.
D'abord sa soviétisation : la photo précédente le montre bien, avec un élargissement des rues et la construction de Plattbauten, qui sont en quelque sorte l'équivalent de nos HLM.
Les immeubles plus anciens n'ayant pas été rénovés et étant devenus complètement insalubres, dans les années 1960, ces tours de béton et de préfabriqué disposaient à l'inverse de tous les équipements et du confort modernes. Ils étaient pour une partie réservés aux cadres du Parti et de l'administration, ce qui se conçoit d'autant plus à Potsdam, ville capitale du Land de Brandenburg. C'est la raison pour laquelle on voit cohabiter à Potsdam les vestiges historiques de son passé prussien et les réalisations de l'époque de la RDA.
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| Le quartier de Plattbauten de Potsdam-Süd, symbole de l'architecture made in RDA |
Ensuite, son embourgeoisement, consécutif à son statut de capitale du Brandenburg. De nombreuses habitations (qui ressemblent parfois plus à des manoirs qu'à des maisons individuelles) ont été reconstruites "dans le style" baroque. Cela a donné lieu à la constitution d'avenues dominées par des habitations kitsch d'un luxe ostentatoire, au nord et à l'est, près des plans d'eau. Ce phénomène se poursuit toujours à l'heure actuelle, et renforce selon moi le coté "Preussenland" (Disneyland à la Prussienne) de Potsdam.
Ce caractère se constate aussi dans le centre historique de Potsdam, qui a été entièrement reconstruit dans le style d'époque - non sans charme cette fois.
L'impression de contraste s'évapore néanmoins lorsque l'on aborde le parc de Sans-Soucis, qui contient une multitude de châteaux (dont le plus célèbre, celui de Sans-Soucis) tous plus romantiques et "mignons" (je ne trouve pas d'autres mots, je vous prie de m'en excuser !) les uns que les autres.
Court rappel historique avant une petite balade photographique.
La plupart des palais de Potsdam ont été bâtis sous le règne du Roi de Prusse Frédéric II le Grand, entre 1740 et 1786. Ce dernier voulant faire entrer la Prusse dans la cour des grandes puissances européennes, il commande des réalisations architecturales à la hauteur de cette puissance. Ainsi son palais d'été de Sans-Soucis, construit entre 1745 et 1747, est souvent rangé parmi les principaux rivaux du château de Versailles, bien que le palais ait été réalisé dans un style rococo plus intimiste et nettement plus petit que son homologue français. Les goûts personnels du roi ont eu une telle influence sur la conception et la décoration du palais que l'on parle parfois de « rococo frédéricien ». Frédéric II lui-même et ses successeurs se chargeront d'embellir et d'agrandir le parc avec des lieux d'agréments et de nouveaux palais. Après la Seconde guerre mondiale qui détruit à moitié les constructions impériales, le château devient un véritable parc d'attraction de la RDA. Aujourd'hui, à l'instar de son quasi-alter-ego versaillais, Potsdam accueille de façon quotidienne les milliers de touristes venus du monde entier pour venir admirer les vestiges du passé impérial prusso-allemand.
Un aperçu des meilleurs clichés que j'ai pu prendre lors de ma visite à vélo :
| L'axe central du parc de Sans-Soucis et sa horde de touristes |
| Vue générale du château (désolé la photo est de travers, mais il faisait froid...) |
| L'Orangerie |
| L'un des lieux d'agréments conçus pour le plaisir du roi : le moulin à vent |
| Le Pavillon chinois sous le soleil de Novembre : so süss ! |
| Le nouveau château |
| Un parc à statues en voies de réhabilitation, plutôt étrange |
| Le château de Sans-Soucis, vue de coté |
| Le style rococo son expression la plus pure |
| Le moulin à vent au coucher du soleil |
Le Jungfernsee, l'un des innombrables plans d'eau qui bordent Potsdam |
La diversité que l'on a pu apercevoir à travers ces photos montre bien le concentré d'histoire que constitue Potsdam, qui peut dans ce sens, presque rivaliser avec sa voisine berlinoise. De Frédéric le Grand à Staline, on peut donc deviner une continuité, celle d'un lieu de villégiature paisible et conçu pour le plaisir des sens, aussi bien pour des princesses prussiennes libertines que pour des cadres rigides du Parti communiste.


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