Ayant vécu deux ans à Paris et dans des conditions similaires (étudiant à l’université), je ne peux m’empêcher d’établir en permanence des parallèles ou des contrastes entre les deux villes. Qu’en est-il vraiment ? Voici donc une série d’articles où les caractéristiques majeures des deux capitales seront mises en perspective pour établir une comparaison destinée à cerner le caractère propre à chacune des capitales.
- La densité de population comme facteur explicatif du mode de transport
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Berlin compte une densité de population de seulement 3 800 habitants au km² contre environ 21 000 pour Paris intra-muros. Et c’est justement l’une des premières impressions que l’on a en arrivant à Berlin : la sensation d’espace et de fluidité. Cette impression forme un contraste non négligeable avec Paris, qui se distingue par la hauteur de ses bâtiments et l’étroitesse manifeste de ses artères urbaines.
A Berlin, les bords des rues sont assez larges pour permettre aux piétons et aux vélos de circuler de chaque coté en toute sécurité (ou pas…). Que ce soit en centre-ville ou dans les quartiers périphériques, des rues de première importance ou des voies secondaires. On doit cette caractéristique en grande partie aux destructions de la Seconde Guerre mondiale, qui a permis ce réaménagement.
Il ne faut pas aller très loin pour atteindre des quartiers résidentiels comportant des maisons particulières, contrairement à Paris où l’on n’en trouve quasiment aucune à l’intérieur du périphérique. C’est un témoin évident de la faible densité de l’agglomération berlinoise, qui influence considérablement la mobilité citadine.
A Paris, les principaux moyens de locomotion sont le métro et dans une moindre mesure la voiture. Mais surtout, la marche à pied est bien plus fréquente. A Berlin, les distances qui doivent être parcourues dès lors que l’on envisage de se rendre d’un point A à un point B sur ses jambes sont deux à trois fois plus longues, avec un écart bien plus important entre les stations de U-Bahn par exemple (métro berlinois). Les courts trajets à pieds sont donc plus rares (ce qui s’accentue avec les températures glaciales de l’hiver continental), et prennent au minimum 15 - 20 minutes, quand ce n’est pas 30 à 40 minutes !
- Berlin, une ville d’Europe du Nord comme les autres ?
D’où la prééminence du vélo. Bien-sûr, ce n’est pas une caractéristique spécifique à Berlin, plutôt de l’Europe du Nord, mais il est vrai que comme partout en Allemagne ou aux Pays-Bas, le cycliste est roi. Et on comprend pourquoi : tout est fait pour faciliter les déplacements à vélo. Les points d’attaches sont omniprésents (aussi bien des installations régulières qu’une simple suspension de bicyclette à un grillage), les pistes cyclables plus nombreuses que les passages piétons. Les S-Bahn (RER) comptent tous un wagon spécialement prévu pour mettre son vélo, si bien qu’en période d’affluence ils ont du mal à coexister avec les poussettes… Une omniprésence des cyclistes donc (pas encore autant qu’à Copenhague où 70% des déplacements sont effectués à vélo, véritable enjeu pour la municipalité) que la ville de Berlin désire encore accentuer dans un but environnemental.
| Anarchie cycliste à Revaler Strasse (Fridriechshain) |
Contraste saisissant avec la situation parisienne. L’opération Vélib’ a certes eu du succès, mais le vélo peine à s’imposer dans la capitale française : accidents, pistes cyclables peu présentes ou peu respectées des autres usagers de la route… C’est pourtant là le seul handicap que possède Berlin par rapport à Paris : son système de location de vélos en libre-service. Sa mise en place est effectuée par la Deutsche Bahn (compagnie ferroviaire allemande), mais faute de moyens financiers (la ville de Berlin est endettée à hauteur de 60 milliards d’euros) les stations ne sont présentes qu’à Mitte, le quartier central, qui ne représente qu’une petite part de la métropole berlinoise. A Berlin la location de vélo demeure un élément hautement touristique ; la plupart des vélos ont un propriétaire particulier. En revanche, à Paris, grâce à l’omniprésence des stations Vélib’et son système de location flexible, il devient plus avantageux de prendre un abonnement à l’année et de ne pas détenir son propre engin. A cet égard, on comprend que la culture cycliste demeure dans une large mesure modelée par l’action des pouvoirs publics.
| Le respect légendaire des Allemands pour les règles établies ? Que nenni... Ici un vélo garé dans une station de S-Bahn |
- Les transports en communs : structure et fonction sociale
Berlin compte, comme Paris, tous les moyens de transports possibles : métro (U-Bahn), RER (S-Bahn), tramway, bus. Si la vitesse des engins, leur capacité et leur mode de fonctionnement reste plus ou moins similaire (le prix reste toutefois nettement plus élevé à Berlin), le réseau dans son ensemble et la fonction des stations diffèrent dans une large mesure.
Première différence : il semble que le réseau de transports en commun parisien présente une certaine cohérence, contrairement au réseau berlinois. Les pôles de convergence des lignes de métro et de RER (Les Halles, l’Etoile, République, Nation, Gare Montparnasse…) sont relativement bien répartis dans Paris intra-muros, ce qui permet à l’usager d’avoir au maximum un changement dans son trajet. A Berlin, les lignes de U-Bahn ne suivent pas vraiment de logique et présentent parfois un circuit biscornu. Les lignes S-Bahn principales se trouvent le long de la Spree (qui ne passe pas partout à Berlin…), formant ainsi une chaîne de pôles importants qui se succèdent de Ostkreuz à Westkreuz en passant par l’Alexander Platz, la Hauptbahnhof et le Zooloogischer Garten.
Ainsi, il est courant à Berlin d’avoir à effectuer deux voire trois changements pour peu que l’on ait à traverser la ville. Les bus ou les trams constituent donc souvent une alternative intéressante – qu’il faut toutefois maîtriser au préalable ! Mais de façon générale, ce réseau peu cohérent rallonge les durées de trajets, qui atteignent souvent ¾ d’heure/une heure.
Là où Berlin se démarque de Paris, c’est par son Ring, un S-Bahn qui court en boucle autour des quartiers centraux, sorte de périphériques de transports en commun. A mon sens c’est l’un points faibles majeurs du réseau parisien, trop centré sur les Halles. Le projet du Grand Paris doit s’efforcer de résoudre ce qui constitue un problème majeur pour les trajets inter-banlieues.
Deuxième différence, majeure, le week-end, le métro berlinois est ouvert toute la nuit. Cela permet de satisfaire les besoins des fêtards venus du monde entier pour profiter de l’offre illimitée de sortie que présente Berlin. D’ailleurs, cette attractivité qui est connue depuis déjà une dizaine d’année représente une source de revenus indispensable à la capitale allemande, déjà largement endettée…
A Berlin la nuit, les couloirs des stations de U-Bahn de Kreuzberg, de Prenzlauer Berg et de Neukölln constituent donc les lieux de convergence pour les noctambules de toute extraction : jeunes berlinois de pure souche, étrangers éméchés faisant remarquer à haute voix leur incapacité à maîtriser la langue de Goethe (les Français en particulier excellent dans cet art), groupes de quadragénaires sortis simplement pour un repas au restaurant, cercles de junkies aux vêtements bariolés traînant leurs molosses à bout de bras et exhibant fièrement leurs piercings, sans oublier les sans-abris (les fameux Penner). A Paris, si parfois certaines stations au trafic important peuvent s’animer de cette manière le samedi soir lorsqu’elles ouvrent jusqu’à 2h du matin, rien de comparable. Le métro reste un lieu de passage, un sas de transition entre le chez-soi et le lieu de la fête, mais jamais un pôle de centralité, comme peuvent l’être par exemple les stations Warschauer Strasse ou Schlesischer Tor. Cela s’explique aussi par le fait que les stations de U-Bahn regorgent d’échoppes de Bretzel, de Curry Wurst, et de Döner, qui pratiquent des prix défiant toute concurrence et ouvertes toute la nuit.
| La station de U-Bahn Thielplatz, à la fois Imbiss, kiosque et station de métro, kieu de socialisation incomparable des étudiants de la Freie Universität |
- Les transports en commun comme révélateurs des mœurs sociétales
Je ne vous apprendrai rien en vous disant qu’il est aisé d’observer une société toute entière grâce au microcosme que constitue le réseau de transports en commun… Je ne m’étendrai pas sur mes observations qui seraient souvent triviales, mais je ne peux pas aborder le sujet de la mobilité sans aborder son chapitre culturel.
Deux témoins : les escalators et les mendiants
Les escalators sont utilisés de façon bien différente à Paris et à Berlin. A Paris, prendre l’escalator est un passage parfois obligé, mais son utilisation doit pouvoir toujours répondre à la fois au besoin de l’homme d’affaire pressé et du touriste béat. Simple procédé donc : les personnes désirant rester sur une seule marche et se laisser porter par le mécanisme se rangent à droite, pour permettre aux autres de les contourner. A Berlin, aucune règle implicite de ce genre : les pressés prennent les escaliers, et l’on peut stationner dans les escalators sans se faire houspiller… C’est une simple observation, très banale, mais je la trouve particulièrement évocatrice quand il s’agit de comparer la mentalité des deux villes. Paris ville stressée, pressée, ville d’affaire, capitale d’un Etat central. Berlin, la ville de l’espace, de la culture alternative, du Carpe Diem, ville secondaire aussi sur l'échiquier économique mondial. Donc deux façons de prendre les escalators. La métaphore s’arrête là !
Les mendiants ensuite. J’en parle dans cet article car c’est dans les transports qu’on les rencontre le plus fréquemment. Mon impression générale est pour l’instant que ceux-ci font à Berlin beaucoup plus partie du paysage. Ils ne diffèrent parfois que peu des junkies, et surtout, l’attitude de l’entourage est bien moins hostile qu’à Paris. Ainsi le Strassenfeger (journal des sans-abris) se vend relativement bien dans le métro berlinois ! Mais la différence s’arrête là : Berlin et Paris comptent toutes deux énormément de sans-abris, de femmes venant mendier dans le RER avec leur bambin, et les métros respectifs des deux capitales sont littéralement envahis en hiver. L’importance du tourisme dans les deux villes explique aussi en partie l’importance de leur nombre. Cela reflète bien une partie de la situation socio-économique dans Paris intra-muros et à Berlin : des logements de plus en plus chers, une gentrification rampante (ou plutôt exponentielle dans le cas de Berlin, j’en parlerai plus tard…), un chômage important... et donc, pour faire simple, plus de gens à la rue.
Pour conclure, est-il plus agréable de se déplacer à Berlin ou à Paris ? Je dirais que le confort revient à Berlin tandis que la rapidité et l'efficacité revient à Paris - la BVG (compagnie des transports publics berlinois) et la RATP en conviendront !
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