jeudi 22 décembre 2011

L'Allemand ? Ca occupe !

Derrière ce mauvais de jeu de mot (tiré de Muriel Robin), se trouve la réponse à une question.
"Why the hell do you want to learn German? No one speaks it anymore, it's ugly and very complicated". Contrairement à ce que vous auriez pu penser, ce n'est pas un américain qui m'a asséné cette réplique, mais bien un allemand. Face à une remarque si décourageante de la part d'un native speaker, comment persévérer dans une langue comme l'allemand, tellement décriée ? 

Cet article de Noël a pour but d'y répondre.

  • L'allemand, une langue utile ?
Les plus mordus de la langue de Goethe vous répondront : "Natürlich!" (naturellement !). Les chiffres "parlent d'eux-mêmes" : avec 100 millions de locuteurs, l'allemand est la langue la plus parlée de l'Union européenne. Forcément, l'Allemagne en est le pays le plus peuplé ; s'y ajoutent l'Autriche, la Suisse, et de façon très substantielle la Belgique (canton d'Eupen), l'Italie (Sud-Tyrol), le Liechtenstein, le Luxembourg, et même la Mongolie et la Namibie. Outre ces statistiques qui ne donnent aucune idée de la réalité, se pose maintenant la question de savoir si il est vraiment nécessaire d'apprendre ses déclinaisons et le genre des mots correctement quand on est au collège pour espérer se faire comprendre (ô joie !) dans toute l'Europe centrale.

Je vous le confesse, vous pouvez même le répéter : l'utilisation de l'allemand dans le monde est extrêmement limitée, ne se trouvant même pas dans le top 10 des langues les plus parlées dans le monde. De plus, quel allemand apprendre ? Le Hochdeutsch (Haut-Allemand) n'est vraiment parlé que dans les grandes villes du Nord, approximativement dans une bande s'étendant entre Berlin et Karlsruhe. Le Bavarois demeure encore largement usité au sud et ne constitue pas qu'un reste folklorique usité pendant la fête de la bière : certaines personnes refuseront délibérément d'utiliser le Hochdeutsch, pourtant langue des médias. L'allemand autrichien (hors Tyrol) est plus compréhensible, mais sa prononciation se doit d'être maîtrisée auparavant. 
Quant à la Suisse (le fameux "schwitzerrrdütsch" et au Sud-Tyrol italien, c'est carrément une autre langue qui y est parlée. 

Au-delà des chiffres, la question de l'utilité d'une langue n'est pas pour autant une fausse question. A mon sens, apprendre une autre langue que l'anglais, et dans une moindre mesure l'espagnol, revient :

- soit à être déterminé à vouloir travailler plus tard dans le pays...

... car je n'ai rencontré personne évoluant actuellement dans le milieu professionnel, que ce soit en France ou en Allemagne ayant été réduit à utiliser l'Allemand comme vecteur de communication (sauf domaine spécialisé). Je reviendrai sur l'utilisation de l'anglais en Allemagne. 

- soit à avoir de la famille utilisant cette langue... 

... de nombreux fanas de l'allemand l'affectionnent soit à cause une proximité géographique voire ethnique (une certaine région de l'Est de la France dont la principale ville est Strasbourg), soit en raison de liens familiaux (parent ou cousin allemand...).  

- soit à l'apprendre pour le plaisir. 

 ... ce qui, en fin de compte, est mon cas. Juste parce que la maîtrise de cette langue est un plaisir. Parce que pouvoir se balader en Allemagne sans lire du chinois sur les pancartes ou passer pour un touriste total auprès de la population s'avère agréable. Parce que l'allemand, quoi qu'on en dise, n'est pas moche en soi, c'est ce qu'on en a fait. 

  • L'allemand brisé, l'allemand outragé : le nazisme, le made in US et Tokio Hotel
Une phonétique pas très sexy 

Pour montrer que l'allemand n'est PAS cette langue désagréable, râpeuse, agressive que tout un chacun s'amuse à dépeindre je ne prendrai qu'une expression : "Komm, komm hierher". Cette petite injonction ("viens, viens par ici") peut représenter à la fois un ordre brutal donné par un militaire ou un gendarme, ou bien une délicieuse invitation sussurée à l'oreille. 

La différence dans cette perception de la langue s'explique par les clichés redondants sur le militarisme allemand que je ne développerai pas outre-mesure, tant ils sont devenus hors de propos. Seulement, l'utilisation de son tels que le "ch" que l'on trouve dans "Achtung!", l'omniprésence de consonnes rudes à l'oreille (r, t, k) ne rendent pas la langue aussi sexy que l'espagnol ou aussi chantant que l'italien. 

L'anglais et les Allemands : je t'aime, moi non plus 

Dès qu'ils remarquent une approximation ou une hésitation dans l'utilisation de leur langue, le switch des Allemands vers l'anglais est parfois automatique. Déroutant lorsque l'on cherche à tout prix à faire des progrès... Ils ont donc tendance à privilégier le pragmatisme de la communication face à la préférence nationale - chose que les Français ne sont pas toujours enclins à faire. Ce n'est pas une nouveauté : l'allemand est une langue germanique, tout comme l'anglais, le néerlandais et les langues scandinaves. La facilité des germanophones en anglais n'est donc pas une surprise. 

Mais ce qui est encore plus choquant à mon sens, c'est à quel point l'utilisation quotidienne de l'allemand est pétrie par les anglicismes, de façon bien plus prononcée que le français. Si nous en sommes restés au "parking" et au "week-end", les Allemands, en particulier parmi les jeunes générations, vont jusqu'à s'excuser... en anglais ! Ainsi le trop long "Entschuldigung " se voit substitué au pratique et fade "Sorry" prononcé "Sowouy" ou "Sorrry", c'est selon. Mais outre cette expression inoffensive, énormément de mots sont repris directement : catchy, desk, rate, community... Influence conjointe de l'américanisation de l'Allemagne de l'Ouest après la guerre et des mass media, cette anglicisation cache une autre réalité : les fondements latins de la langue allemande. 

Car l'allemand, si elle est avant tout une langue germanique, a subi une grande influence latine. Dans 70% des cas, les concepts ont deux mots : le mot germanique et le mot latin, qui ont en eux-même des nuances difficiles à analyser. Typiquement : "rechercher" peut se traduire à la fois par "suchen" et "recherchieren". Suchen est essentiellement pratique, tandis que "recherchieren" sert seulement à caractériser une recherche scientifique. J'ai même appris à mes dépends que l'utilisation excessive de mots d'origine latine était considérée comme pompeuse et snob...

L'allemand : une scène artistique internationale peu enviée

L'Allemagne demeure plus enviée pour Schubert et Beethoven que pour Tokio Hotel et Rammstein... aujourd'hui à son détriment. Je ne m'avancerai pas plus sur ce terrain là, n'ayant pas une connaissance très poussée de la scène musicale germanophone ; mon excuse est tout simplement que de nombreux groupes allemands chantent en anglais, comme on le fait aussi de l'autre coté du Rhin. Mais si le français a trouvé plus ou moins trouvé ses heures de gloire avec la "Chanson française" en allant de Piaf à Gainsbourg, si l'espagnol se réserve toute la musique latino pour s'exprimer, il me semble que l'allemand soit bien plus à la peine sur ce plan là, malgré le succès de 99 Luftballons.

  • L'allemand, "aussi simple que des Légos" ?
C'est ce que disait une cassette vidéo faisant la louange de la langue aux trois genres, aux verbes à la fin des phrases et aux déclinaisons. Trop dur l'allemand ? Oui et non.

Il s'agit simplement de comprendre la logique de l'allemand. Extrêmement pragmatique et logique, l'allemand écrit se comprend aisément si l'on comprend les logiques de sa propre grammaire. Ainsi les déclinaisons ne sont pas simplement faites pour emmerder le monde (pour dire les choses franchement), mais indiquent une caractérisation de l'action ou de la situation. Ce n'est finalement qu'un tableau à retenir... Les conjugaisons sont pratiquement toujours les mêmes, ici pas plus de difficultés qu'en anglais car la logique des verbes réguliers/irréguliers est la même. La place des verbes/compléments ? Cette particularité est certes déroutante, puisqu'elle est contraire à la logique latine ; ex : j'ai mangé du pain = ich habe Brot gegessen (j'ai du pain mangé). Néanmoins, elle est sans exception notable, et demande simplement un peu plus de concentration, en particulier à l'oral. 

Finalement, à mon sens, les principales difficultés de l'allemand résident dans deux éléments, tous deux relatifs au vocabulaire. 

- Les prépositions. Encore plus qu'en anglais, elles altèrent considérablement le sens de la phrase ou d'un mot. Un exemple flagrant : le verbe spannen. De ce verbe découlent 3 adjectifs : spannend, entspannt et verspannt. Spannend veut dire captivant, passionant, alors que verspannt signifie très tendu (une situation), et entspannt, détendu. On comprend aisément le lien, mais on note que la préposition change du tout au tout. Il ne suffit pas de connaître un verbe, il faut aussi connaître toutes ses variantes ! Ainsi hören est écouter, alors que aufhören est arrêter... Rien de plus perturbant dès que l'on lit un article ou que l'on écoute un discours, et que l'on s'aperçoit que l'on a mal interprété le sens du contenu à cause d'une simple préposition...

- La susdite dualité entre mots latins et germaniques. On ne peut pas toujours deviner le sens des mots... Ainsi erklären est l'un des premiers mots que l'on apprend en allemand, mais lorsque l'on tombe sur auseinandersetzen (prononcer aossaïnanndeursetseune), on se sent un peu perdu, alors que c'est pratiquement la même chose...


Maîtriser l'allemand relève donc d'une rigueur qui ne nous est pas familière quand on ne s'est frotté qu'à des langues très similaires au français (espagnol, italien) ou des langues totalement différentes (arabe, japonais). Son apparente similarité et en même temps son hermétisme flagrant nous rendent cette langue tout à fait étrange, voire repoussante. Pourquoi l'apprendre (j'entends devenir quasi-bilingue) ? Par utilité ? Que l'on me parle de l'utilité d'apprendre une langue et je vous dirai d'apprendre l'anglais, bonjour-merci dans toutes les autres et de retourner vous coucher, à moins de vouloir devenir, au choix, interprète ou ambassadeur.
A moins de bien vouloir considérer qu'une langue est plus qu'un moyen de communication. 


PS : les germanophones confirmés sont bien sûrs plus que conviés à apporter leur point de vue sur mon analyse qui pourra s'avérer contestable !






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